Sélection du mois de Juin
- 19 juin
- 3 min de lecture

Ce mois-ci, c'est l'un des chantiers les plus importants réalisés à l'atelier que je vous présente : la restauration d'une statue de Vierge Marie au serpent, commandée par une école souhaitant lui redonner vie.
🔍 À son arrivée, la statue présentait une palette colorimétrique typique du maniérisme — un courant artistique caractérisé par des couleurs exacerbées et peu réalistes et des carnations blanchâtres aux teintes verdatres. Un style expressif et puissant, mais éloigné du rendu réaliste attendu aujourd'hui.
🐍 L'iconographie de cette Vierge au serpent avait également été altérée. L'animal qui doit se situer aux pieds de la Vierge Marie avait été partiellement masqué par des fleurs et retravaillé pour le rendre moins visible. Sa tête avait disparu et son corps n'était plus que suggestion.


🔬Mais avant toute intervention, un constat d'état approfondi a été réalisé afin de
comprendre la fabrication de la statue et d'identifier les éléments d'origine.
Cette étude a révélé une construction complexe : une âme en fer constituant l'armature centrale, des volumes de cheveux et de robe modelés en plâtre, et plusieurs campagnes de peintures épaisses superposées au fil du temps.
Le socle, quant à lui, était si endommagé que son centre creux avait été partiellement rebouché avec de la ouate.

Suite à ce diagnostic, plusieurs propositions de traitement ont été soumises aux propriétaires. L'une des demandes concernait la mise à jour de la palette colorimétrique. Une intervention qui sort du cadre de la restauration puisqu'elle modifie l'aspect d'origine. Pourtant, face à une œuvre condamnée à l'abandon si elle ne correspondait plus aux attentes de ses propriétaires, ce choix a été privilégié : mieux vaut une intervention raisonnée et réversible qu'une œuvre oubliée. Redonner vie à une statue, c'est aussi lui permettre de continuer à exister dans son lieu de vie et d'être transmise aux générations futures.
Une fois le protocole validé, l'étape de nettoyage a ouvert les traitements de restauration et a permis de supprimer tout ce qui était instable, altéré ou iconographiquement incorrect (notamment les fleurs masquant le serpent)

⚒️ La phase de restitution et de comblement a été la plus longue et la plus exigeante. Le choix des matériaux a été particulièrement réfléchi : ils devaient être différentiables des matériaux d'origine, réversibles, légers et adaptés à la sculpture. La main manquante a été reconstituée par moulage de la main existante, avec une armature en laiton intégrée pour assurer sa solidité.


Les volumes de chair et de robe ont ensuite été reconstitués progressivement, en ajustant soigneusement la position des mains. La tête du serpent a également été recréée et replacée sur son socle, restituant ainsi l'iconographie d'origine.
🎨 Une fois l'ensemble poncé et affiné, la reprise colorimétrique a pu commencer. L'objectif était triple : atténuer l'effet granuleux laissé par les nombreuses couches de peinture, restructurer le visage de la Vierge qui était disproportionné, et adopter une palette plus réaliste et lumineuse en accord avec les propriétaires. Un liseret doré a été ajouté en finition, apportant profondeur et vivacité tout en respectant l'iconographie habituelle des représentations de la Vierge Marie.

📚 Pour comprendre davantage, le maniérisme est un courant artistique né en Italie au XVIe siècle, en réaction à l'équilibre et à la sérénité de la Renaissance. Loin de chercher le naturel, les artistes maniéristes privilégiés les émotions et les scènes théâtrales transmises par des couleurs irréelles, des poses irréelles et des expressions intenses.
Ce goût pour l'exagération s'est largement diffusé dans la statuaire religieuse, donnant naissance à des œuvres expressives et troublantes. C'est dans cet esprit que cette Vierge au serpent avait été peinte à l'origine.





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